Premières lignes·Rendez-vous lecture

Premières lignes # 104 – Ce que les étoiles doivent à la nuit, d’Anne-Gaëlle Huon

Hello tout le monde,

Aujourd’hui, c’est dimanche, le jour de notre rendez-vous hebdomadaire « Premières lignes », qui a été initié par Ma Lecturothèque. J’ai choisi de vous présenter l’incipit d’un roman emprunté à la bibliothèque, d’une auteure que je souhaiterais découvrir. Il s’agit de « Ce que les étoiles doivent à la nuit » d’Anne-Gaëlle Huon.

Balthazar

Un soir de l’été 1951, ma vie a changé à cause d’un zèbre. Un zèbre au Pays basque ! Avouez que ce n’est pas courant. Pourtant sans ce zèbre, ma vie aurait pris un autre tournant. J’avais vingt ans. Et une revanche à prendre sur le monde.

Mon père passait sa vie le nez dans Sud-Ouest. Le matin après avoir trait les vaches. Le soir après les avoir ramenées à l’étable. Béret sur la tête, lèvres fines, doigts noircis, il lisait ce journal de bout en bout, des grands titres de la politique jusqu’aux mots croisés. Sud-Ouest, c’était comme la confiture de cerises et l’ossau. Sans lui, le monde de mon père ne tournait pas rond. Et rien d’autre ne l’intéressait. Pas même moi.

A l’époque, mon frère et moi fréquentions assidûment les cercles de jeux. Nous ne pensions qu’à ça. Les études, les filles, et même la Renault 4 du paternel n’étaient rien à côté de notre passion pour les cartes. Le poker incendiait nos nuits. Je pourrais dire que j’avais une technique de jeu infaillible mais en réalité, ma meilleure stratégie à l’époque consistait encore à tricher. Des tours de passe-passe que m’avait enseignés mon oncle, un passionné de magie qui possédait une boutique de farces et attrapes. Il venait passer ses étés au Pays basque où il était attendu comme le Messie, les poches pleines de gadgets. Il me montrait ses meilleurs tours et je m’entraînais avec acharnement. Avec des balles en mousse, des foulards mais surtout des cartes à jouer. A l’époque dont je parle, je n’étais pas encore un as, mais mes mains habiles nous valaient quelques jolis coups. Biarritz, c’était pas Vegas. On jouait de petites sommes, on empochait l’argent et on rentrait à l’aube dans la Renault 4 sans éveiller les soupçons du paternel. Notre père qui serait mort de honte de savoir qu’en plus de joueurs, nous étions des truands.

Et puis un jour, ce qui devait arriver arriva. L’un de ses amis nous a surpris au casino. Cigarette au bec, misant comme des cadors. Le lendemain matin au réveil, mon père nous attendait. Sur la table, son bol de café au lait et son honneur sali. J’étais mortifié.

-Je vous écoute, il a dit, mâchoires serrées.

Mon frère m’a poussé du coude. Pour conduire la Renault il était là, mais pour le reste, fallait pas compter sur lui. Alors j’ai fait ce que je savais faire de mieux, j’ai menti.

Et vous, connaissez-vous Anne-Gaëlle Huon ? Avez-vous lu ce roman ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Si non, avec ces premières lignes, vous tente-t-il ?

Bonne soirée à vous, et à très vite !

K.

9 commentaires sur “Premières lignes # 104 – Ce que les étoiles doivent à la nuit, d’Anne-Gaëlle Huon

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