Premières lignes·Rendez-vous lecture

Premières lignes # 98 – Alabama 1963, de Ludovic Manchette et Christian Niemiec

Hello tout le monde,

Aujourd’hui, c’est dimanche, le jour de notre rendez-vous hebdomadaire « Premières lignes », qui a été initié par Ma Lecturothèque. J’ai choisi de vous présenter l’incipit du premier roman de Ludovic Manchette et Christian Niemec. Il s’agit de « Alabama 1963 » , qui fait partie de ma PAL prévisionnelle pour le challenge Tour du Monde 2022.

Jeudi 8 août 1963

La chaleur écrasante semblait avoir endormi la clairière : ses hautes herbes jaunies, son immense chêne perdu au beau milieu, les corbeaux perchés là-haut, et la petite fille couchée en bas, quelques mètres plus loin. De temps en temps, l’un des oiseaux ouvrait un œil sceptique sur l’intruse d’une dizaine d’années allongée les yeux fermés, la bouche entrouverte. Rien ne troublait le repos de la belle endormie : ni le soleil cuisant, ni la mouche qui ne cessait de venir effleurer sa joue, ni le brin d’herbe qui lui chatouillait l’oreille. Elle ne cilla même pas lorsqu’un scarabée sortit de sa bouche. Le Prionus laticollis descendit le long de son menton, de sa gorge et de son buste. Il prit soin d’éviter la tache de sang qui s’étalait sur son ventre, avant de se perdre dans les plis de sa jupe beige remontée jusqu’au nombril. Il réapparut une minute plus tard et poursuivit sa course sur l’une de ses cuisses dénudées. Il escalada son genou en forme de madeleine puis, arrivé aux chevilles, passa sans états d’âme la petite culotte blanche. Pendant un instant, il sembla considérer le petit pied nu, inerte, qui se dressait devant lui, infranchissable. Un coup de vent décida pour lui, et il atterrit dans l’herbe, plus hospitalière.

Ledit coup de vent fit frissonner toute la clairière. Il fit bruisser les branches du chêne et vint déranger les corbeaux, qui croassèrent leur mécontentement avant de s’envoler comme un seul homme.

La petite fille qu’ils abandonnaient ne serait pas découverte avant plusieurs jours.

Peut-être que si elle avait été blanche…

Mais elle était noire.

Et vous, avez-vous lu ce roman ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Si non, avec ces premières lignes, vous tente-t-il ?

Bon dimanche à vous, et à très vite !

K.

3 commentaires sur “Premières lignes # 98 – Alabama 1963, de Ludovic Manchette et Christian Niemiec

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